C’est calme et reposé qu’il a pu observer les petites gouttes de rosée sur les brins d’herbe arrosé dont viennent de parler les petites gouttes qui sont maintenant sur mon front au moment où j’écris ceci.
J’ai un peu chaud dans la torpeur glacée de la nuit, je repense à lui, au moment où il est parti, il y avait des gouttes d’eau et un paratonnerre sur le toit de la vieille ferme du bout du chemin.
Demain matin...demain matin à la boulangerie on me regardera encore avec ces yeux qui ne veulent pas réaliser la présence d’un homme triste dans la boulangerie de maintenant ou de demain matin quand je pense à dedans la boulangerie demain matin. Pourtant la boulangerie, en dedans, elle me connaît depuis longtemps, elle sait mes humeurs et mes pleurs, elle entend quand je pense, elle m’entend depuis longtemps. Elle m’a vu triste et pensif quand...mais déjà avant.
L’arrivée d’un couple d’homme à Sadoville-sur-terre a, je sais, bouleversé cette tribu que nous redoutions aussi. Près du feu tricolore, en bas, il n’y a personne dans son habit sombre de sortie de nuit. On entend le départ de la rivière entre les graviers et le silence d’une ville qui s’en fout. On l’entend mais on l’ignore, on l’entend souvent pourtant. L’amour ici on ne sait pas ce que sait, c’est quelque chose que l’on doit à sa mère, seulement ; moi, je hais ma mère, mais j’aime pourtant. J’aime celui pourtant qui m’a tant donné pour rien.
Quarante sept jours de silence depuis le lundi blanc, où je me suis douché seul. Ici, rien n’est différent, son odeur ; je crois, flotte dans un coussin rayé que j’ai rangé dans l’armoire. J’ai pleuré beaucoup il y a quelques temps, en voyant sur l’étagère un joint abandonné négligemment. Je ne le fais jamais. J’ai pleuré, j’ai laissé le joint et j’ai téléphoné au garagiste parce que j’avais le temps. J’avais beaucoup de temps, tellement trop de temps, j’ai voulu que ça s’arrête. J’ai continué. Ou le garagiste, ou le facteur, ou le coordonnier, avec le libraire ou le fils du boulanger ; dans chacun de leur corps j’ai continuer a avoir tout le temps ; comme pour le détruire pour un instant. Un instant de sexe rapide et sans plaisir. J’aurais voulu que ça s’arrête, que mon corps devienne ce temps trop long pour que mon âme enfin se repose.
Soudain, je lève les yeux, il me sourit comme avant : « Tu aurais du me rattraper, tu aurais du courir, tu aurais du te battre, tu...je m’en vais maintenant. » Mes mains tremblent, je suis mort maintenant. Demain matin il se réveillera ; comme au premier matin où sous les grains de sable, bercé de l’enfance qu’ils procurent aux humains nous nous étirions de l’amour que nous deux avions créer durant la nuit.
Il se réveillera seul ou non, et il ne pensera pas à moi. Il se réveillera comme lorsque l’on ne se réveille plus, son sourire me fait mal maintenant, il ne se réveillera pas comme au rêve d’une nuit trop lumineuse. J’ai posé mon désir entre ses dents, j’ai osé mes dires, j’ai été méchant ; attends, attends ! Pas longtemps, je sais que tu m’entends. Tu m’entends et c’est déjà le matin ; entends-moi au temps qui passe. C’est mon corps qui te parle, prends-moi vivant de ce matin. Dis-moi ton silence pour pleurer une dernière fois ; une derniére fin de nuit seul en silence et nous nous lèverons ensemble. Prends-moi au temps qui passe.
« Alors je t’emmène, je t’enfuis si c’est ton souhait ; demain il va pleuvoir tu le sais. Couche-toi dans mes bras et arrête de pleurer. Je ne sais pas comment dire ni comment expliquer...viens avec moi, je t’emmènerai. Arrête ta tristesse, je suis ton équipier. Emporte avec nous ton sourire. Souris-moi. Regarde comme c’est beau, nous sommes presque au départ du champs. Regarde ces petits brins d’herbe, et regarde, mon amour, à leur sommet la rosée. »
A m b i p
h o q u e , u n m o u v e m e n t