Lorsque le flacon fut débouché, une angoisse me prit les entrailles, comme si je savais déjà ce que j’allais y découvrir.
Les gens circulaient lentement autour et aucun ne me prêtait une once d’attention, à ce moment-là, je me rendis compte que j’étais seul au monde. Tandis que tintait le plic-ploc lancinant de mon cœur, je vidais la bouteille de son contenu ; la Princesse Agnès était l’icône des mendiants, mais elle était aérienne et menue.
J’ai eu très soif tout d’un coup ; suivre les conseils d’Agnès aurait été d’aller tuer Robespierre pour le vider de son alcool ; je me décidais alors pour le moment de partir à la recherche de Rémi l’Objet qui m’aiderait certainement dans ma soif. Il me sourit lorsque, dégoulinant de soif, je m’effondrais contre sa cage. « …ssssoif… », «je sais » dit-il. Il savait beaucoup de choses Rémi.
« Alcools ». Quinze jours de prêt c’est un peu court pour étancher une telle soif, alors j’ai du tuer un ours des montagnes.
Rester debout, surtout ne pas dormir «si tu connais le monde et ainsi tu m’ignore, je te connais dans l’âme que ton corps a perdue, dans les ruisseaux immondes, au-delà de ma mort, je te connais moi l’homme » ; voilà, se souvenir des poésies de l’école pour rester…debout…oui…. la route est longue et les montagnes sont rares.
Putain, Rémi ne m’a pas beaucoup aidé, salaud de nain, salaud.
L’air salutaire de la vieille Angleterre, à travers les meurtrières, m’entraîne et m’enterre, là où personne ne créé de vers. « Ah ? ! Pauline erre… » a dit Martine Basset-Clidière, la fille du commissaire. « Aragon, Aragon, Aragon, Aragon » lui ai-je répondu, « Ah ! Bon… » m’a-t-elle répondu.
Je me rendis compte que dans ce monde sans vers, elle n’a pas pu comprendre que je venais de faire un putain d’alexandrin.
« Ne vous inquiétez pas, enchaîna le commissaire, ma fille est un peu vieille, elle a cent vingt-sept ans, remarquez, moi j’en ai grenouille, alors bon, si vous voulez faire quelque chose d’utile, allez voir là-bas si j’y suis. » Il n’y était pas, mais le bourbon y était fort plaisant ; les femmes, désespérées ; la musique, mélancolique et les chaises, de Ionesco. Le paradis en quelque sorte.
Mais sans aucune porte.
Cela faisait trois ans que je jeûnais et les paravents sur le balcon étaient occupés par des mouches molles. Hier, je sais qu’aspirent la colle tes souliers, mais demain je ne sais pas. Rien à foutre de l’univers, l’aine de Monsieur le commissaire n’a rien de sensuel.
Si je veux marcher, je marche et j’emmerde le monde.
Je rentrai dans mon F3, coupai la Klimt et pris le peu de Monnet que j’avais dans le Buffet.
Il fallait à tout prix partir, c’était partir ou mourir.
Partir ou mourir, partir ou mourir.
Mourir et partir.
Le piano n’a plus d’idéaux depuis bien des lustres ; les lustres, eux, n’ont jamais cru en rien, ils nous voient de haut.
Moi, du peu de vie que je suis je vois ce que je vois. Et j’envoie des messages sur les voies Léo Ferré.
Quinze balles en poche et un peuple à découvrir.
Je me suis dit : j’irai en Birmanie.
Etant donnés les moyens de transports en commun minimes, je partis en stop. Le panneau n’était certes pas grand, mais je tenais aisément dans le centre du cercle rouge. En route, Spinoza mit fin à ses jours ; nous n’étions qu’à mi-parcours. Je l’aimais bien ce furoncle, il me manquera. Sans ami, je ne suis qu’un moi et eux des lui ; sans elle, je ne suis que moi et elle mes ailes.
Sans cœur à l’ouvrage, je rate mon fromage.
Je veux un peu de silence. Laissez-moi.
Putain, j’ai faim tout d’un coup. Je voudrais manger un quiche. Quoi ? !Putain ! !Ils se foutent de ma gueule.
Il est écrit sur un panneau « Interdiction de manger des quiches pendant votre vol ».Mon cul !
Allez ni une ni deux je chope le panneau et je l’fout sous mon cul. Avec mon super vaisseau « Stop and Quiche » j’vais tous les niquer.
Et même si j’n’ai pas d’ailes et si j’n’ai plus d’ami, je fonce tout droit direction la birmane Birmanie.
Je révisais gentiment mon birman qui datait des cours de Madame Salconne,
en quatrième B, lorsque mon véhicule eut des ratés. C’est alors que je décidai, pour me planter, de choisir une grosse plume de léopard. Là, au moins j’aurais ma quiche ; Jaurès m’aguiche.
J’ai peur des fins.
Longtemps, je me suis douché de bonne heure en chantant «l’lnternationale ».
Oui, j’ai le cœur rouge et mes rêves aux lucioles errent.
Je mange donc ma quiche heureux sur un léopard près de…Bangkok. Putain, Bangkok c’est pas tout près, j’ai déjà bien roulé. Je finis mon voyage au bout de la quiche, je rote un coup et je fous la plume de Léo sou mon cul tandis que mon super vaisseau redécolle sous les astres. Les météorites bien roses et juteuses en cette saison m’indiquent la route de l’horizon, je m’élance, plus vite qu’un photon, je passe la vitesse et détruit le mur du son, j’avale des mouches mais je m’en fous parce qu’avec mes boules Quiès, mon esprit luit clos.
Je croise soudain Mir devant moi. Antipathique comme pas deux, voilà qu’elle me jette à la gueule toute la contenance de la boîte. C’est alors que je me retrouve puant la lessive Mir express ; j’en ai dans les yeux et je ne vois plus rien.
Mon délire Midnight Express vers Djakarta s’arrête là on dirait.
La mort a ses secrets que la saleté ignore.
Alors je vide mes poches, je donne mes lacets et je souris au Monsieur.
Ton amour n’est pas si vieux.
Agnès était maigre.
L’eau était eau et moi ici.
Je m’en vais vers un autre voyage, un peu plus long, un peu plus triste. Mais je m’enlace déjà, dans ce que sera ma compagne de déroute, ma Pauline errante à moi : mon imagination.
A m b i p
h o q u e , u n m o u v e m e n t