Jeudi 15 mai 2003

A chaque mouvement de son corps, il l’entendait.
Comme un tissu qui se déchire peu à peu ; les mouettes étaient nombreuses maintenant.

Plus loin, un peu plus au Nord de la pensée du nulle-part de Pierrot, il y avait l’immobilité du silence.
Lila, la mort et les mouettes tentaient de l’en sortir, mais il restait là en silence. La raison ne voulait pas raisonner la respiration de Pierrot qui face à tout ça restait triste et râleur de rater la réelle grâce de la raisonnable respiration toujours rapide et douce du silence. Il cessa de respirer, Lila épluchait une pomme. Il cessa de respirer et tomba dans les pommes. C’était un joli champs de pommes ; il y en avait peut-être mille cent quatre vingt trois...peut-être pas...

Pierrot dans l’éternité des pommes pensait à Lila. Lila, elle, ne pensait plus à rien, à quatre pattes, dans les pommes, elle voulait sauver son enseveli ; une mouette s’écrasa dans la vitre.
C’est plus près de la cheminée que Pierrot aperçu Lila qui lentement mangeait les pommes qui dominaient son corps ; sans se soucier de la chaleur laide et fraîche de la mouette à ses côtés.
« C’est cette pomme qui te tuera, Lila, ce n’est pas moi. » Pierrot hurlait en silence, du fond des yeux...au fond c’est mieux. Une froide torpeur le pris à la gorge, comme ça et planta ses  dents ; il n’aimait plus le silence et le silence ne l’aimait plus.

Il avait un goût de pomme pourrie dans la bouche et les pieds contaminés ; Lila en était à lécher ses doigts qui caressaient la mystérieuse et maligne solitude de son intimité. Lila devenait une pomme , la seule, la dernière...amère ; il la chérissait pourtant cette pomme, même si elle l’étouffait, même si elle lui brûlait la gorge. Prolonger la douleur, se perdre en elle. En, elle...En lui la Lila l’allumée l’a limé jusqu’à l’âme et lui l’a lue¨ jusqu’à l’os...aliénés et jolis sur le lit de pommes, ces deux pommes allaient littéralement là où ils voulaient...tant bien que mal. Pierrot c’était une bonne poire, avec un cœur en compote et plus un radis, Lila l’a sucé, usé, bu jusqu’au trognon ; le soleil mettait dans les cheveux de Lila, des filaments de lumière, orange.

Elle fut un peu triste lorsqu’il fut vidé, sec et ratatiné, car elle avait encore soif, elle avait au corps soie, feu. La cerise sur le gâteau c’était que Lila avait envie de chocolat, de radis, de cheveux, d’orange, de petits fours, de falaises, de chevaux, d’orages, de petits jours, de fa dièses, de fourmis, de dimanches, d’auréoles, de cigarettes, d’immeubles, de for you, de for me, d’aérosols, de sales meubles, de gares, de la Manche, d’amour...la cerise sur le gâteau c’était que Lila avait envie d’un choix qu’elle a. Mais de cerise elle n’eut pas, dans un verre de kirsch, on la noya.
« J’ai mal aux yeux, dans mon coma ; les larmes me brûlent les yeux depuis qu’il pleut. » Tes yeux seront confis, Lila, comme les amants entre tes bras.

« Mais l’eau là me gène et j ’ai mal au Mal...il pleut dans mon cœur d’un verre de kirsch, je ne sais pas si tu t’imagines. Si tu t’imagines, tu saurais la douleur, et si tu t’imagines tu pleurerais aussi, si tu t’imagines tu saurais d’où vient l’heure, d’où vient l’heure que je l’aime, partout, là-bas, ici... »
Parfois, comme ça, on apprend en pleurant, que les pleurs sont ruisseaux de douleur. Mais ça ne suffit pas, ça ne suffira pas ; Lila, ici, là, se fane mais reste là, parce-que ça ne suffit pas. Lentement, Pierrot revient... doucement à la quotidienne vie habituelle du milieu du monde. Pierrot est sur le bord de plage, un bouquet de Lila dans les mains ; il y a des mouettes là-haut, et des pommes dans un sac à ses pieds... Pierrot est seul mais ne veut pas... c’est fou ce qu’on peut si tu t’imaginer en regardant la mer...

« Je lui laisserai une lettre et je lui dirai : je t’ai laissé une lettre Lila ; je t’ai laissé une lettre, lis-la. » il regardait la mer, sa mère, et le sang sur ses doigts. Il voyait les lilas délavés, exsangues et l’odeur sur son bras, de ce qu’il ne voulait pas.
Un peu plus tôt la mer avait baissée.
Sur l’océan on pouvait voir un bouquet de lilas flotter, avec une lettre en dansant.

Il regardait tout a l’heure l’océan et là le sang de douleur.

Inévitablement, la fatalité sur sa tête, il regardait la lettre nager et le sang de sa mère du bout des doigts. Juste quelques globules, peu importe qu’ils soient rouges ou blancs, ou bien encore lilas, peu importe les plaquettes, le plasma, juste le fluide qui s’en va. Une effluve passait par là, il la connaissait, il était venu pour ça. De ces parfums qui vous font pleurer avec l’estomac.

Elle lui a dit ce qu’il ne savait pas.
Maintenant il connaissait le silence de ceux que pansent les pommes.

Devant la mer, avec l’effluve et dans l’immobilité.
Les mouettes n’attendaient plus que ça pour achever leur œuvre, elles le portèrent vers le là-bas, cet ailleurs vivant, avec des paupières de joie.

publié dans : Ecrit à deux mains par jul et claire
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